Le premier des hommes-cerfs

La première fois que j’ai utilisé mon corps nu comme matériaux artistique, j’ai créé ce personnage et ce premier portrait d’homme-cerf. Je me souviens m’être enfermé un soir dans le studio blanc de l’atelier avec une arbalète, et une idée précise de la pose et de la composition que je voulais obtenir. Je me souviens avoir été surpris de la lourdeur de l’arme, et d’avoir peiné à obtenir la géométrie du corps que je souhaitais. Quand je suis mon propre modèle – je reviendrai sur cette dichotomie – je travaille à l’inverse, dans le reflet d’un grand miroir placé derrière l’appareil photo que je déclenche à distance. Je me souviens avoir travaillé jusque tard dans la nuit, en enchainant tout le processus de collage, d’écriture et de greffe des textes. Puis je l’ai observé longtemps, comme si je la découvrais, partagé entre l’envie furieuse de montrer une oeuvre dont on perçoit l’avenir, et celle de la cacher parce qu’on s’y révèle trop, et que ça rend vulnérable. Mais la vulnérabilité est l’un des portails de l’authenticité, qui elle-même est un fondement du propos artistique. Et puis je conviens que c’est paradoxal, mais au delà de cette fragilité, il y a une grande force. Une dimension très personnel qui tend à l’universel, et vous rebondit dessus en posant la question autrement, plutôt qu’en donnant la réponse.
En fait, la mise à nu n’est pas forcément là où on la pense, et la vie d’artiste n’est pas forcément ce qu’on croit ! Quoi que ?!

 


So you killed my mother (les 3 versions) / Luc Pallegoix, 2013. Encre pigmentaire sur papier Moab blanc 300 gr. Disponible en grand format |50 x 50 cm 5 ex.| ou moyen format | 23 x 23 cm 10 ex. | Trois autres numéros sont réservés pour des très grands formats.