Autrefois jeune homme sensible de bonne famille, Luc Pallegoix a toujours brodé à l’ancienne, des marquoirs, des écrans de cheminée ou des bouts-de-pieds. En émigrant, il a télescopé ses cultures d’origines à ses cultures reçues, et tout autant qu’il les a hybridées, elles l’ont hybridé. Désormais, l’artiste peint et encaustique des panneaux de contreplaqué de bois comme des boiseries précieuses, puis les perce et les brode d’éléments d’architecture classique, de joaillerie, d’ébénisterie et plus généralement d’ornementation. Plus récemment, et sur les mêmes principes, il ré-interpète la dentelle au point de Lunéville sur du grillage métallique, qu’il brode de rondelles d’acier inoxydable et de perles de pierres fines avec la même technique que les sequins sur les robes de haute couture. Le classicisme et les néo-classicismes successifs font partie du corpus d’exploration de la série. La disproportion des détails et la figuration grandeur nature d’éléments d’architecture sont un principe. L’intention chromatique se situe à la jonction de l’évocation de boiseries et de matériaux nobles ayant traversé les siècles au service de l’art, et de la délicatesse des contrastes de la porcelaine Wedgwood ou des camées antiques. Il faut y voir une mise en abîme en distorsion, pour guider le regard autrement, en gardant l’esprit des lieux qui ne figure pas dans l’oeuvre. La première ligne de la collection Les grandes broderies rassemble les artefacts, c’est à dire des tableaux qu’on accroche aux murs. La deuxième ligne proposera des éléments mobiliers et des meubles, et la troisième ligne des éléments d’architecture intérieure et scénographiques.
« Pour faire le trait gros, pendant que je faisais des petits points dans un lointain manoir, ici des hommes coupaient du bois et des femmes tricotaient des pantoufles. Maintenant, je brode des planches de bois à la drill et au Phentex (*). Je bro[DRILL]e, et à dire vrai, c’est une de mes façons de tisser mes cultures. Les nôtres en fait. » Luc Pallegoix





